Investissements et projets entrepreneuriaux face aux stéréotypes de genre Abdoulkarim IDI CHEFFOU et Annie BELLIER (Université de Cergy-Pontoise).

Abdoulkarim IDI CHEFFOU et Annie BELLIER (Université de Cergy-Pontoise).
23.08.19
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Résumé

Dans cette étude nous nous intéressons au financement de l’entrepreneuriat, au stade d’amorçage (après la phase du love money, fonds apportés par la famille et les amis du créateur), lorsque des porteurs de projet sollicitent des investisseurs privés, appelés business angels (BA), pour qu’ils investissent dans leur startup et, plus particulièrement, aux comportements individuels des différentes parties prenantes, notamment sous l’angle femmes vs hommes. En termes de diversité, dans la majorité des réseaux traditionnels de BA, du côté de l’offre, les femmes investisseurs sont minoritaires, ce qui signifie que ces dernières opèrent dans des environnements qui leur sont potentiellement menaçants dès lors qu’elles sont amenées à exécuter des tâches stéréotypées masculin telle que l’évaluation du business plan des projets. Le stéréotype est défini officiellement par la Direction de l’Égalité des Chances de la Communauté française comme « un ensemble de croyances socialement partagées concernant des traits caractéristiques des membres d’une catégorie sociale ». Le stéréotype fait référence à la tendance des êtres humains à catégoriser les personnes en groupes généraux comme la race ou le genre et ainsi à développer des croyances sur les caractéristiques et le comportement des individus appartenant à ces groupes (Powell et al. 2002). Les femmes seraient infirmières, secrétaires, etc. et les hommes ingénieurs, dirigeants d’entreprises, etc. (Heilman 1983, 2001). Quand les femmes se retrouvent dans un groupe où elles sont minoritaires (notion de token women), le groupe dominant, c’est-à-dire les hommes, a tendance à recourir aux stéréotypes concernant les caractéristiques de ces femmes dans l’analyse de leur comportement (Kanter 1977). La finance est généralement considérée comme une activité stéréotypée masculin car elle nécessite pour une grande part des compétences mathématiques dont les femmes disposeraient moins que les hommes. Le domaine des BA semble bien adapté à l’étude des stéréotypes de genre en finance car, du côté de la demande, la création d’entreprises est plutôt considérée comme une activité stéréotypée masculin (les femmes manquent de confiance en elles, elles manquent de charisme, etc.) et, du côté de l’offre, les femmes sont considérées comme plus averses au risque que les hommes en matière d’investissement.

L’objet de notre étude est d’analyser l’impact des stéréotypes de genre sur les comportements individuels des femmes aussi bien investisseurs qu’entrepreneuses en matière d’aversion au risque ainsi que sur la confiance en elles-mêmes, comblant ainsi un manque dans la littérature. Pour cela, nous examinons les questionnaires remplis par les BA immédiatement à l’issue des séances plénières au sein desquels ces BA évaluent entre autres la crédibilité du business plan des projets, le degré de confiance qu’ils portent aux entrepreneuses et expriment leurs intentions d’investissement. Afin de tester nos hypothèses, nous avons collecté des données mesurant les réactions dites à chaud de BA lors des présentations d’entrepreneurs, auprès d’un consortium de groupes d’investisseurs incluant Paris Business Angels qui est le plus grand réseau associatif structuré de BA en France. Le consortium compte au total 419 BA membres dont 9% de femmes. Les données couvrent une période de 6 ans (2011 à 2016).

Les résultats montrent que du côté de l’offre les femmes BA évaluent plus sévèrement la crédibilité des business plans des projets entrepreneuriaux (tâche considérée comme stéréotypée masculin) comparées aux BA hommes. Il ressort également que les femmes BA manifestent moins l’intention d’investir que leurs homologues masculins à la suite des pitchs des entrepreneurs. Du côté de la demande, nos résultats montrent que les entrepreneuses demandent systématiquement aux réseaux de BA majoritairement masculins un montant de financement plus faible que les entrepreneurs masculins (à taille de startup identique). Enfin nos résultats montrent que les femmes entrepreneuses qui font leur pitch en présence d’au moins une femme BA dans l’auditoire se sentent davantage confortées dans leur rôle d’entrepreneur ou plus légitimes, prennent davantage confiance en elles, par rapport à des femmes entrepreneuses faisant leur présentation devant un public d’investisseurs exclusivement masculin, entrainant ainsi une confiance accrue des investisseurs à leur égard.

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